February 24, 2026
Un an après le début de la guerre commerciale canado-américaine, force est de constater que l’incertitude règne toujours. À l'orée des négociations concernant l’Accord de libre-échange nord-américain, il y a encore de nombreux enjeux loin d’être résolus, une résistance de la part de la Chambre des représentants face aux droits de douanes et des menaces tarifaires (et même militaires) qui planent toujours. Le brouillard n’est pas en voie de se dissiper, et ce, possiblement pour les 3 prochaines années. Dans ce contexte, la résilience devient une posture essentielle.
L’administration Trump et le gouvernement Carney semblent en sempiternels pourparlers; les tarifs et les décisions économiques prises par lesuns et les autres pivotent à la manière d’une girouette. Ce qui ne changera pasest le climat aride et inquiétant créé par ce conflit et le fait que la situation peut changer du tout au tout avec un éternuement du Président.L’incertitude est maintenant devenue la norme.
Malgré toute cette imprévisibilité, les impacts commerciaux et sociaux de la guerre tarifaire se sont fait sentir dans plusieurs industries et les chiffres1 ne mentent pas :
· Une baisse de 10,3 % des exportations du Canada vers les USA
· Une augmentation de 14 % des exportations vers d’autres pays que les É.-U.
· Une diminution de près de 30 % du tourisme canadien aux USA (voyages terrestres)2
· Des répercussions négatives importantes dans les secteurs des métaux (aluminium),de l’automobile, de la machinerie industrielle, de la foresterie et de certains biens de consommation
· On remarque également un impact notable sur la santé mentale, lié à l’incertitude tarifaire3
Ces données démontrent les conséquences concrètes que la situation économique et géopolitique a créé en à peine un an, et une tendance claire qui continuera dans les prochaines années.
L’un des seuls constats qui ressort clairement de toute l’incertitude de la dernière année est l’importance de diversifier ses marchés et ses exportations. Que ce soient les marques québécoises qui veulent pénétrer le marché canadien, européen, africain ou asiatique ou les marques d’ailleurs qui veulent s’implanter au Québec et/ou au Canada, c’est le moment où jamais d’y réfléchir.
Tel que mentionné par le premier ministre Carney, les États-Unis ont débalancé l’ordre économique mondial dans la dernière année. De nombreux pays se voient affligés de tarifs contraignants, et remettent en question leurdépendance à l’économie américaine; ce faisant, ils cherchent de nouveauxdébouchés et des relations internationales moins imprévisibles. Le Canada estun marché important en Amérique, et les marques qui sauront le cerneradéquatement dans les prochaines années auront un avantage considérable dans lefutur.
La majorité des enjeux nous impactant comme les guerres (économiques,technologiques, militaires), les changements climatiques et l’hégémonie de l’intelligence artificielle sont hors de notre portée. La résilience devientune stratégie dans ce contexte et inclut des approches qui prônent :
· Continuité et familiarité - Créer un sentiment de stabilité dans un monde instable, rappeler leurs valeurs et pourquoi on devrait leur faire confiance;
· Modestie et constance - Privilégier e calme au spectaculaire, demeurer constant et présent dans la vie des consommateurs; en somme, devenir un pilier;
· Lien communautaire et local – Créer de la solidarité, se connecter à la vie de quartier, à l’économie circulaire, démontrer son apport local (surtout pour les marques d’ailleurs);
· Gestion des risques – Offrir desgaranties, de meilleurs prix, des promotions qui sont sensibles au contexte plus large et au quotidien des consommateurs;
· Contribuer à la conversation sociale - Sortirdu silence, prendre position et prendre part activement à la conversation pour démontrer une sensibilité contextuelle et une raison d’être.
Alors que nous nous sentons impuissant·es face à des forces internationales externes, 2026 sera une année d’élections provinciales quipousseront une grande partie du Québec à se positionner pour les prochaines années. À l’ordre du jour, il y aura les questions de nationalisme et de fédéralisme,de protectionnisme contre l’ouverture économique, de la protection de laculture versus la croissance économique. Il s’agira du peu de terrain de jeusur lequel le Québec pourra se prononcer et avoir un impact concret sur sonquotidien. Les élections deviendront un sujet majeur de la conversation et dela culture populaire cette année.
Il n’existe pas de recette exacte mais bien de nombreux ingrédients àconsidérer. Chaque marque devra définir la recette de son succès, et elle sera probablement différente de celle de ses voisin·es.
Pour les marques canadiennes et québécoises :
· Renforcer leur ancrage local (la majorité des marques ont fait ressortir leurs couleurs locales cette année);
· Affirmer leur valeur face à la concurrence américaine (tel que Boréal l’a fait au début de la crise);
· Diversifier leurs marchés et sources de revenus (le Porc du Québec en est un bel exemple);
· Se rapprocher des écosystèmes de contenu et de médias locaux (tel que Maxi l’a fait avec l’émission Nuls en Chef);
· Selier plus fortement à la culture populaire (comme Nissan avec son annonce del ancement pour la LEAF au Bye Bye).
Pour les marques américaines (ou canadiennes qui ne communiquent pas vraiment au Québec) :
· Légitimer leur présence au Canada / Québec (tel que Kraft-Heinz l’a accompli à plusieurs reprises);
· Adopter une posture inclusive et ouverte (tel que McDonald’sle fait en adaptant son menuau marché, année après année);
· Ne pas s’imposer trop cavalièrement (Décathlon avec son approche décomplexée dusport);
· Se rapprocher de la culture locale (la production originale par des marques comme Amazon Prime).
Pour les marques qui voudront se rapprocher du contexte politique duQuébec :
· Mobiliser, voire polariser, en invitant clairement à l’action et en assumant ses convictions;
· Adopter des gestes concrets, mémorables et parfois audacieux;
· Attirer l’attention et transformer les décisions d'entreprise en symboles significatifs;
· En somme, se positionner clairement sur les enjeux politiques et culturels.
Dans un monde instable, la résilience n’est plus un choix, mais uneposture stratégique. Les marques qui traverseront 2026 avec succès saurontrester ancrées, lucides et cohérentes. Elles navigueront dans l’incertitu de, sans perdre de vue leur rôle et leur raison d’être et sauront saisir les opportunités créées par le contexte économique et politique.
1. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/250904/t001a-eng.htm
2. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/251112/dq251112b-fra.htm